Confusions des genres – Ch 28 : La camera obscura

Tandis qu’elle se faisait conduire jusqu’à la maîtresse des lieux, Oscar observait l’arrière du vêtement de la gouvernante : le bonnet blanc orné d’un ruban bleu ciel protégeait des cheveux encore châtains désormais mêlés de mèches tirant vers le gris, et qui s’en échappaient en des boucles encore soigneusement ordonnées en cette heure matinale mais qui, au fur et à mesure des heures de la journée allaient certainement perdre de leur discipline et de leur rigueur. La robe, bleue elle aussi, était faite d’un tissu rayé alternant le bleu nuit, couleur dominante, et le bleu ciel s’accordant au bonnet. Lire la suite

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Confusions des genres – Ch 26 : Un contretemps bienvenu

Pour la dixième fois au moins, Oscar se traita de lâche. Veule. Couarde. Pleutre. Tout le champ lexical y passait. Mais rien n’y faisait.

Elle se refusait à prendre de suite le chemin du retour.

Pour profiter de ces quelques instants encore où elle pouvait toujours croire en un André droit et honnête. Pour prolonger de quelques quarts d’heure la confiance qu’elle pouvait, qu’elle voulait encore lui accorder. Pour grappiller quelques minutes à ce qui était son univers depuis toujours. Avant que, telle la hache du bourreau, la réponse qu’André lui ferait lorsqu’elle le confronterait ne vînt peut-être trancher net ses illusions, ses espoirs, son passé. Lire la suite

Confusions des genres – Ch 25 : La bonne Samaritaine

 « Levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor. Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes. Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là ont pris seulement sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son nécessaire : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre ». » (Luc, 21, 1-4)

Ouille.

Aïe.

Aïe aïe aïe aïe aïe ma tête !

Ça tape. Ça cogne. Pourquoi ça cogne comme ça ? Lire la suite

Confusions des genres – Ch 24 : La déchirure

– Ah, vous voilà mes petits !

– Bonsoir Grand-Mère, répondit André. Tu n’es toujours pas couchée à ce que je constate. Vraiment, tu te fais toujours trop de soucis, tu ne devrais pas rester ainsi à m’attendre.

Tandis qu’il la morigénait ainsi gentiment, André voyait bien que sa Grand-mère regardait derrière lui, puis à gauche et à droite, et enfin par une fenêtre à travers laquelle il était bien entendu impossible d’apercevoir quoi que ce fût pour cause de nuit d’encre. Lire la suite

Confusions des genres – Ch 23 : La nuit est une noyade

« La nuit est un masque. La nuit efface les formes. La nuit supprime les témoins. La nuit rend fou aussi. Ce n’est plus la réalité. C’est une autre vie, sans visage, sans angle, sans matière. La nuit est une noyade. » (Nina Bouraoui, Garçon manqué)

Un rire… un rire… ce rire… Son rire ? Un rire éclatant, tonitruant, plus victorieux que réellement joyeux, plus fier que véritablement gai.

Ce rire résonnait au milieu du silence et de l’obscurité. Et dans ce silence et cette obscurité se détachait une silhouette : haute, large, sombre, enveloppée d’une cape et masquée. Une ombre à l’image de la nuit, tant et si bien qu’elle aurait pu s’y fondre entièrement, en un camouflage parfait. Lire la suite

Confusions des genres – Ch 22 : Paris by night

Elle enfourcha bien vite sa monture et suivit l’ombre noire qui déjà n’était presque plus qu’un point au bout de la rue Saint-Dominique plongée dans l’obscurité presque totale. Certes dans cette rue déserte elle aurait toujours pu dégainer son pistolet et faire feu en direction du bandit pour tâcher de l’arrêter, mais Oscar François de Jarjayes ne tirait pas dans le dos d’un homme. Pas s’il ne menaçait personne à l’instant précis. Le colonel était homme d’honneur et de principes. Lire la suite